En passant la grande porte de Brionne Audomar était maussade. Sa fière expédition prenait un bien mauvais départ. L'embarquement était prévu pour le lendemain et la puissante armée avec laquelle il devait partir était composée de … trois personnes!!! Comment conquérir les trésors de la Lustrie avec un mage gâteux, un disciple simplet et un lieutenant avec deux mains gauches ? Il fallait agir.
Audomar stoppa son cheval au milieu de la rue; Berthold qui le suivait s'approcha.
- Messire, que se passe-t-il ?
Le chevalier se retourna.
- Où est l'enchanteur, il ne suit pas?
- Si si, il arrive avec son apprenti.
- Dis moi Berthold, combien avons-nous de pièces d'or ?
- Ma foi juste de quoi payer le bateau, peut être un peu plus.
- Urmff, se renfrogna Audomar, et Ptalomius sait il en créer ?
- Des bateaux ?!!?
- De l'or bougre d'âne!
- J'entends qu'on parle de moi. Ptalomius arrivait juché sur une mule, son apprenti à ses côtés.
- Oui, oui. Peux tu faire de l'or ?
- Aah, le mystère philosophalique. Je me souviens quand j'étais…
- Oui ou non ? Audomar s'impatientait.
- Eh bien de l'or massif non. Je peux en revanche recouvrir d'or n'importe quel objet.
- Très bien ; Berthold, avant de trouver le bateau, achète quelques breloques dans une de ces échoppes minables. Non mieux, ramasse des pierres pour que Ptalomius les transforme en or, ensuite retrouvez moi au port. Devant de telles pépites n'importe qui nous suivra au bout du monde.
Il s'éloigna en trottinant tandis que Berthold descendait de cheval pour se mettre à la tâche.
- J'ignorais que vous saviez manier l'ars philosophalum, souffla Basile à son maître.
- Techniquement parlant mon garçon, techniquement parlant, répondit ce dernier un sourire aux lèvres.
Ces rues sont de véritables coupe-gorge pensa Audomar, qui s'enfonçait toujours plus dans la citée. Je ne sais même pas où est le port.
- Et la vieille! apostropha-t-il.
- Qu'est-ce qu'y a vot' seigneurie?
- Pourrais-tu m'indiquer la direction du port?
- Ahah!! Ma mémoire me fait défaut; p'tète qu'une tite obole me la rendrait, gémit elle.
- Et dix coups de fouets ne seraient pas plus efficaces? répondit Audomar sarcastique.
- Point besoin vot' sire, point besoin. Continuez tous droit, passez la forge et après le barbier tournez à dextre mais prenez garde, le port c'est coquin et compagnie.
- Ne t'en fais pas pour moi laideron, j'en ai vu d'autre. Et il continua dans la direction indiquée
Il déboucha dix minutes plus tard sur un large quai le long duquel étaient amarrés de nombreuses embarcations de toutes sortes. Un vent léger faisait onduler la surface du fleuve. Dans le lointain on distinguait à peine l'autre berge. Les cris d'oiseaux se mélangeaient aux bruits de la foule qui allait et venait. Du haut de son cheval, Audomar pouvait observer le balai des marchandises descendant des navires portés par des colosses à la peau noircie par le soleil.
Il avait également noté la présence de nombreux pique boursettes. Ils profitaient de l'inattention des marchands, trop occupés à discuter affaire, pour les délester de leurs lourdes escarcelles avant de s'évanouir dans la cohue. C'était assez comique de voir des gredins en voler d'autres. Il faut dire que rare étaient les marins qui s'aventuraient ici sans avoir un passé tumultueux, l'omnipotence du Cartel des Poings y était pour beaucoup. Audomar se dit qu'il avait bien fait d'envoyer ces pierres précieuses, sans quoi, Dieu seul sait ce qui leur serait arrivé.
Des sabots raisonnèrent dans la ruelle derrière lui ; c'était Berthold accompagné de Ptalomius et Basile.
- Et maintenant, où allons nous? demanda Ptalomius.
- Il nous faut trouver la taverne du Serin Fumant, répondit Audomar. C'est là qu'on nous attend. Vous avez ce que j'avais demandé ?
- Oui Messire.
- Alors allons y. Et faites attention à vos effets on est jamais trop prudent.
Ils avançaient le long du quai quand un homme décrépi les accosta.
- Bien l'bonjour mes seigneurs. Je vois que vous êtes en recherche de quelques aventures extraordinaire. J'ai un ami qui propose des voyages avec caraque à cabine privée trois comètes pour une bouchée de pain. En plus si vous trouvez moins chers ailleurs, il vous rembourse la différence. J'vous garantis que vous n'y perdrez pas sinon j'me coupe un bras.
- Avant de t'estropier, indique nous plutôt l'auberge du Serin Fumant, demanda Berthold.
- Ah, ben… c'est plus loin au bout du quai. Z'êtes sur que la croisière ne vous intéresses pas, on fait même une escale chez les elfes, ça se rate pas. Eh attendez, j'ai mieux… Les quatre continuaient leur chemin.
- Nous avons à faire ailleurs lui jeta Audomar sans se retourner.
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Extra Imperius, nulla sallus